Le droit à l’oubli numérique abordé au Forum de la Gouvernance de l’Internet

Avertissement: Il s’agit de mon opinion personnelle. Les idées exprimées ci-dessous ne reflètent pas nécessairement les positions de l’association Libertés Numériques. (origine)

Je suis abasourdi par la rapidité avec laquelle le débat sur le « droit à l’oubli » numérique progresse. La semaine dernière ce n’était encore qu’un petit atelier à Sciences Po. Puis je découvre que c’est en fait une proposition de loi française. Mais comme évidemment toutes ces questions de régulations sont peu efficaces à l’échelle nationale, la ministre du numérique, NKM, a plaidé sa cause au niveau international lors du Forum de la Gouvernance de l’Internet qui se tenait en Égypte.

J’ai lu le bref discours que notre ministre y a tenu. On peut notamment y lire ceci,

Au Etats-Unis, 35% des recruteurs déclarent avoir éliminé des candidats pour cause de propos ou de photos sur Internet jugés déplacés. En France, 78% des jeunes de 18 à 24 ans, qui sont pourtant les plus enclins à dévoiler des pans de leur intimité sur Internet, jugent que la protection de la vie privée y est insuffisante.

Cela fait bien évidemment référence à ce que les jeunes publient sur les sites comme facebook.

D’un côté on parle de photos ou de propos publiés sur un site, de l’autre on parle d’intimité, et de protection de la vie privée qui serait insuffisante.

Mais comment peut-on se plaindre que ce qui est publié mette à nu l’intimité de son auteur ?! C’est complètement surréaliste ! Si demain je publie un livre, je dois assumer mes propos, et ce même dans quelques années. Mais je ne peux pas me plaindre que ce que j’écris dans ce livre mette à nu mes opinions, mes idées. C’est même le but de publier !

Je maintiens que ce droit à l’oubli est une très mauvaise idée qui passe à côté du vrai problème. L’enjeu pour moi doit être défini comme cela,

  • ce que les gens publient sur Internet est public.
    • S’ils publient avec un site ou un service qui ne leur garantit pas le contrôle de ce qu’ils publient, alors il faut tout de même instaurer un contrôle minimum sur ces sites pour respecter la volonté de l’auteur (cette problématique est adressée par la loi informatique et liberté, mais devrait être renforcé notamment à l’international)
    • C’est pourquoi le mieux est de publier avec des services dans lesquels on peut avoir confiance, sur lequels on exerce un véritable contrôle.
    • Exemple: je veux publier quelque chose mais je ne veux pas pour autant que Google le référence. Si je publie moi-même je peux garantir que Google ne référence pas ma publication.
  • Ce qui est intime et relève de la vie privée doit rester privé et n’a pas vocation à être publié. Les outils et services que vous utilisez doivent vous garantir le contrôle et la protection de cette intimité et des données personnelles. Le mieux pour cela est d’utiliser des Logiciels libres et des services réseaux décentralisés (comme Jabber pour la messagerie instantanée).
    • Exemple: vos données personnelles n’ont rien à faire sur facebook, qui est un site de publication. Votre correspondance privée n’a rien à faire sur facebook, surlequel vous n’avez aucune garantie ni aucun contrôle. Votre courrier est une donnée personnelle, c’est la correspondance privée et sa protection est garantie par la loi.

La Bataille HADOPI vient de se terminer, la guerre pour la neutralité du Net ne fait que commencer

Le 29 octobre dernier, j’ai eu le plaisir et l’honneur d’assister à la conférence de presse de la sortie du livre collectif La Bataille HADOPI au Fouquet’s, sur les Champs Élysées. Quel pied de nez à notre cher président et ses amis des majors que cette conférence dans un endroit considéré comme le symbole du luxe ! En fait, l’importance du débat a occulté ce fait, tant il fut primordial de se remémorer nos combats et de préparer les luttes à venir.

Parmi les 40 auteurs de l’ouvrage, une vingtaine étaient présents et pas des moindres : des politiques comme Martine Billard, Christian Paul, Alain Lipietz, des spécialistes du net comme Philippe Aigrain ou Benjamin Bayart, des artistes comme Francis Lalanne et même un étudiant de Sciences Po : Juan Paulo Branco.

La conférence a commencé par un hommage à Francis Muguet, spécialiste du Net s’il en est, trop tôt disparu quelques jours avant la parution du livre. Un hommage émouvant pour un des penseurs d’un nouveau système économique pour la culture à l’heure du numérique, qui rappelle à quel point il est urgent de dépasser le modèle actuelle des industries culturelles.

Chacun a ensuite rappelé le rôle qu’il a joué dans la Bataille contre les lois HADOPI, que ce soit à l’Assemblée avec les députés, dans les coulisses pour les conseillers des parlementaires (B. Bayart, La Quadrature du Net), dans les médias comme Guillaume Champeau de Numérama. Beaucoup ont aussi exprimé leur vision de la rémunération culturelle dans le futur, du mécénat global à la licence globale voire à la gratuité totale pour les représentants du site odebi.org.

Le tour de table s’est terminé avec un discours engagé du chanteur Francis Lalanne qui a annoncé que son prochain album, son prochain livre et le prochain film qu’il contribuerait à réaliser seront sous licence libre.

Je vous invite bien sûr tous à vous procurer le livre La Bataille HADOPI soit en l’achetant (9€ pour le livre de poche et jusqu’à 49€ pour la « version or ») ou en le téléchargeant gratuitement.

La Bataille HADOPI

La Bataille HADOPI